Mesdames la Covid-19, Roselyne et Monsieur Stéphane

Je ne sais pas si nous pouvons dire que les choses sont bien faites étant donné les circonstances dans lesquelles sera écrit cet article… Mais par un pur hasard, après presque un an d’absence, j’avais repris le chemin de ce blog sur lequel vogue mon bonheur d’être bibliothécaire!

Et il ne vogue pas toujours sur une mer calme… Cette année fut certainement celle des grosses tempêtes… J’aimerais que ce soit les plus grosses mais nul ne sait ce que nous réserve l’avenir.

20 octobre 2019 (dernier article!) – 20 septembre 2020

Et qu’est devenu le bibliothéqu’être de Bertibib?

Oui, Madame la Covid-19, le sourire d’un enfant qui emprunte un livre n’a pas de prix. Vous nous avez confinés, privés d’être bibliothécaires, médiathécaires, ludothécaires… -thécaires, quoi ! Plus de livres… mais ça, c’est un détail… Plus de lecteurs, plus d’échanges, plus d’animations, plus de vie dans ce lieu qui est parfois le premier et le dernier lieu culturel d’un quartier, d’un village. Et bien, qu’à cela ne tienne, nous sommes devenus des biblio-makers et ce fut une si belle aventure ! Parce que la bibliothèque, ce ne sont pas que des livres, c’est un lieu de vie et quand elle ferme, elle reste un lieu au service de la communauté et se transforme en biblio-fab… Parce que nous avions des imprimantes 3D, parce que nous avions 5 machines à coudre pour des ateliers, parce que nous avions des super-humains prêts à en découdre (enfin, à coudre !) avec vous, Madame la Covid-19. Notre petite troupe s’est engagée, elle a fabriqué des visières, des blouses, des masques… Elle a pensé aux soignants, elle a pensé aux enfants. Notre petite troupe a été solide, volontaire. On a partagé nos savoirs, nos compétences, nos mains, nos cerveaux et Madame la Covid-19, nous avons livré aux soignants, nous avons traversé Paris, nous avons distribué les magazines aux hôpitaux puisque nos lecteurs ne pouvaient pas les consulter… Et puis, nous avons rouvert les espaces, parfois la peur au ventre, l’impression de devenir chaque jour un virus encore plus gros que nous quand nous rentrons chaque soir. Mais les sourires des enfants qui se ruent sur les albums n’a pas de prix…

Oui, Madame Roselyne Bachelot, le sourire d’un enfant qui peut emprunter un livre n’a pas de prix. J’en ai pleuré un matin en écoutant la radio, quand la matinale enchaine sur une opération « lecture » au pied d’un immeuble en « zone sensible » et que l’enfant n’ose pas prendre le livre QUI LUI EST OFFERT parce qu’il se demande si ça va être trop cher ! Un livre, un livre offert ! Un petit livre de poche qui lui raconte une belle histoire… Et c’est déjà trop cher… Il n’y croit pas, qu’on lui donne ce livre, et dans sa voix, rien que dans sa voix puisque c’est la radio, tu entends son envie d’avoir ce livre, de le lire, de s’en délecter avec joie. Et puis Madame Bachelot… fraîchement nommée Ministre de la Culture et qui se lamente de n’avoir pas pu sortir TOUS LES SOIRS à l’opéra à cause du confinement… Savez-vous combien coûte un livre et combien coûte une place à l’opéra? Oui, j’ai pleuré…

Oui, Monsieur Stéphane Bern, le sourire d’un enfant qui peut emprunter un livre n’a pas de prix. J’ai fait mon stage d’études à quantifier le travail des bibliothécaires (et des nombreux bénévoles) dans les communes rurales pour proposer des livres mais aussi des animations, des conférences, des concerts qui font le lien GRATUIT au coeur d’un village parfois devenu « dortoir », les parents allant travailler « en ville », les lycées et collèges étant dans la ville d’à côté, les mamies et papys dans les maisons de retraite… et ils se retrouvent tous! C’est un boulot de dingue : les bibliothécaires reçoivent les classes, les résidents des maisons de retraite, les ados le samedi pour jouer, les mamans, les papas, les jeunes, les vieux, les grands, les petits… et c’est GRATUIT! Alors quoi? Les médiathèques sont vides, inutiles? Il est plus pertinent de sauver les petites églises des petits villages pour que les enfants connaissent leur patrimoine… Mais quoi? Ils vont y aller une fois, dans « leur » église et après leurs parents n’auront ni le temps ni l’argent pour leur faire visiter le patrimoine de la région voisine, du pays voisin, de la religion voisine… Les enfants sont citoyens du monde, pas enfermés dans leur petit patrimoine étriqué… Ils peuvent venir à la médiathèque et ils auront des encyclopédies, des ordinateurs, des romans pour s’évader au quotidien, accroître leurs connaissances et les partager avec curiosité !

Mesdames, Monsieur, mon bonheur d’être bibliothécaire est intact. Je connais des moments de doute, d’épuisement face à une inertie qui n’est pas la mienne mais je vogue, bienheureuse sur cette mer qui me fait dire que le sourire d’un enfant qui peut emprunter un livre n’a pas de prix. Et nous sommes tous des enfants.

Mesdames, Monsieur, venez les voir, hisser fièrement leur pile de livres à emprunter et vous comprendrez pourquoi nous luttons chaque jour pour faire de nos bibliothèques des lieux où toutes les curiosités se croisent !

ps : combien vais-je en oublier… mais je dédie ma colère à Cyrille (évidemment!), Pascal, Anne-Marie, Sandra, Alix, Abdoulaye, Pierric, Coumba, Anne-Laurence, Caroline, Elsa, Célia, Raphaël etc. Sans ordre. Ne m’en voulez pas (Je vous ajoute dès que j’y pense!)

Une réflexion sur “Mesdames la Covid-19, Roselyne et Monsieur Stéphane

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